Parler de ce dont on ne parle pas

L’humain est d’une prodigieuse capacité à intégrer le monde alentours à travers ses 5 sens (vue, ouïe, odorat, toucher et goût).

L’humain est d’une incroyable capacité à stocker ces informations et à y accéder naturellement.

L’humain fait néanmoins preuve d’une certaine difficulté à ne pas tenir compte de ce qu’il choisit de ne pas intégrer.

Ce cheval de bataille, les médias l’ont bien compris. S’ils perdent l’attention de leur audience, ils la récupèrent avec des titres tellement impactants qu’ils ne laissent que peu de choix de s’y intéresser… ou pas.

Ce qui est intriguant dans cette belle époque que nous vivons, c’est qu’il est de notoriété publique qu’il nous est tout aussi difficile de se défaire de quelque chose que l’on n’a pas choisi, que de se lier à ce que nous avons choisi.

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Prenons un instant le temps de lire la dissonante histoire de Marc (prénom d’emprunt).


Marc travaille à l’aide sociale, comme conseiller. Il a toujours voulu aider son prochain. C’est d’ailleurs le premier à aider ses voisins à porter leurs courses, ou à aider une personne à traverser la route.

Chaque jour, il intègre le monde qui l’entoure, comme chacun de nous.

Au travail, il entend ses collègues avoir des propos relativement haineux envers les bénéficiaires de l’aide sociale. Ces propos qu’il entend le mettent mal à l’aise… tellement ces derniers lui semblent naturels.

Marc y repense pendant sa pause, puis décide de ne pas en tenir compte. Il ouvre le journal sur internet et lit une liste de gros titres plus ravageurs les uns que les autres. Peu à peu, cette étincelle altruiste se ternit. Il descend sur la page et tombe sur la zone réservée aux commentaires. Il cherche, longtemps, espérant trouver un message bienveillant…

Ayant fait chou blanc, il décide de sortir prendre l’air, mais le passage continu des voitures laisse une odeur qui empêche Marc de s’évader complètement.


La journée de Marc avait peut-être bien commencé, mais le soir venu, il ne souhaitait qu’une seule et unique chose, s’affaler sur son canapé… seul.

Maintenant, la question que je me pose est la suivante : « Marc aurait-il pu être maître de son état, ou ne pouvait-il que le subir ? »

Disons par exemple que Marc n’a pas prêté attention au nombre de bénévoles qui donnaient de leur temps, juste de l’autre côté de la rue. Ou alors, disons qu’il n’a pas entendu le petit oiseau chanter devant sa fenêtre, par cette belle journée ensoleillée. Peut-être n’a-t-il pas pris le temps de sentir le nouveau parfum de sa collègue qui, admettons-le, ne le laisse d’ordinaire pas indifférent.

Allons même plus loin, peut-être que Marc n’a prêté attention aux signaux de son corps ni en entendant ses collègues, ni en consultant le journal, ni en sortant prendre l’air et, qui sait, ni en s’isolant sur son canapé ?

C’est à ce moment-là de l’histoire que je ressens le doux plaisir de savoir quand et comment intervenir pour que le fumet de la journée hume le barbecue plutôt que l’incendie. Comment dit-on déjà ? Avoir goût à la vie plutôt qu’être au goût de la vie ?